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Les difficultés d'être paysan aujourd'hui

  • Photo du rédacteur: Juliette Pelloux
    Juliette Pelloux
  • 24 juin 2019
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 oct. 2019

Le secteur agricole a énormément changé depuis les années 60 malgré la forte baisse du nombre d'exploitations. Aujourd'hui, les enfants d'agriculteurs sont de moins en moins à reprendre l'exploitation familiale, en particulier parce qu'ils n'en n'ont pas forcément envie. Les difficultés d'être paysan de nos jours sont multiples comme les clichés dont ils sont victimes.






Selon certains clichés listés par Solidarité Paysan, j'ai demandé à Michel quel était son point de vue.


Tout d'abord, comment pensez-vous que votre métier est perçu ?


Avec les médias, le grand public voit majoritairement une mauvaise image du paysan moderne. Notamment avec les manifestations qui sont faites par les agriculteurs alors qu'ils veulent juste être entendus et pris au sérieux par les politiciens. Je n’ai pas l’impression d’être pris au sérieux dans mon métier. Dans le monde agricole, on n’est pas très bien vu, on est décrit comme des pollueurs, et ces manifestations n’ont pas aidé à ce que les gens nous apprécient. Ils nous ont vu à la télévision en train de faire des blocages de routes et en train de déverser du fumier partout il y a quelques années. Aujourd'hui, on nous catégorise comme pollueur à cause du déclin de l’environnement, ou encore on nous accuse de maltraiter nos bêtes. Pour moi, c'est une généralité au fait aussi que notre métier n’est pas assez connu. Par exemple, ça surprend quand je dis à des gens que j'utilise Internet pour mon travail alors que c'est vital. Tous les jours, je passe au moins une heure dans mon bureau pour faire mon travail administratif.


Est-ce que vous pensez que les agriculteurs sont à la hauteur dans leurs compétences de travail ?


Une formation est nécessaire et obligatoire aujourd’hui car le métier d’agriculteur touche à plusieurs compétences. Il faut être en même temps un vétérinaire, un mécanicien, un comptable, un juriste, et un commercial. Ces compétences sont apprises au cours de notre formation et on continue sur le tas. C’est une formation continue. L’agriculteur est aujourd’hui un chef d’entreprise, il doit toucher à plusieurs domaines professionnels.


Le métier est-il plus facile comme vous êtes indépendant et sans patron ?


On est notre propre patron, oui, mais, avec ses avantages et ses inconvénients. Au contraire d’un salarié, je fais mon propre planning. Ce ne sont tout de même pas des vacances, je travaille jusqu’à 70 heures par semaine pour gagner la valeur d’un SMIC par mois. Je suis loin des 35 heures par semaine au planning imposé d’un salarié. Je ne peux pas être en vadrouille tout le temps, si je vais faire mes courses le mardi après-midi, je dois rattraper le lendemain en plus du travail de la journée.


Vous vous en sortez avec toutes les primes et aides que vous obtenez ?


Si le consommateur payait le coût réel de la viande, cela serait inabordable. D’où la nécessité des subventions. Sans la PAC, par exemple si la France quitte l’Europe, on ne s'en sortirait pas. Pour produire de la viande, cela me prend deux à trois ans de travail. Certaines fois, une vache ne fait que deux veaux en dix ans. Il y a aussi les nombreux prêts à rembourser tout au long de l'année. Quand je me suis installé, j'ai fait un prêt de 110 000 euros à la banque, ça a été un vrai coup de pouce mais il faut être capable de le rembourser après. Comme on est en altitude, on est handicapé à cause de notre terrain et du relief, on reçoit une prime chaque année pour nous aider.


Et, la PAC, est-elle est nécessaire, et est-elle facile à avoir ?


La PAC est de plus en plus contraignante. Elle est restrictive si on ne respecte pas les doses en vigueur des engrais ou pesticides, le bien être animal, l’entretien des terrains par exemple. Elle pénalise aussi si les agriculteurs qui ne respectent pas les restrictions administratives comme la déclaration de naissance ou de décès qui doit être faite avant 7 jours, la perte d’une étiquette si elle n’a pas été remise au bout de 15 jours sinon la bête est saisie. On ne va pas enfermer une vache pour une étiquette, ça prend du temps de la ramener du pré et de la tenir. Pour me tenir au courant régulièrement des changements de restrictions, je regarde dans les journaux agricoles dont je suis abonné comme la France Agricole. On ne reçoit pas forcément des mails de la Fédération. Il ne faut pas rester dans sa bulle, il faut être ouvert, ce qui peut être difficile car il y a beaucoup de chose à penser et à savoir. C’est le plus difficile du métier, c’est la gestion, s’occuper des bêtes c’est de l’automatisme c’est plus simple. Les restrictions pour la PAC sont très strictes et restrictives pour les agriculteurs aujourd’hui. Un agriculteur doit tout déclarer. Si on coupe une haie ou un arbre, ce qu’on plante, le travail du sol, les engrais … On risque sinon de voir l'aide diminuée. Trop strict, trop de norme, trop de paperasse.





Quelles sont les avantages et/ou inconvénients d'être isolé de la vie citadine ?


Dans la semaine, nous avons appris que le vétérinaire le plus proche allait partir, c’est le deuxième en quelque mois. Plus le vétérinaire est loin, plus cela peut être dangereux pour nos vaches. En période de vêlage, le vétérinaire doit être vite présent en cas de problème lors de l’accouchement et pour remettre la matrice.


Est ce que le climat est une contrainte ici à Magnat ?


Le temps est aussi une contrainte lors de notre travail qui ne peut être prévu à l'avance. Ce mois-ci est une période de fauchage qui ne pourra surement pas se faire car cela nécessite au moins trois jours de soleil. Et puis, plus l’herbe pousse, plus elle perd de sa vertu nutritive. Je dois régulièrement regarder la météo.


Est-ce que le matériel d'aujourd'hui ne vous aide plus dans votre travail ?


Si, mais un tracteur s'amortit entre 6 et 8 ans selon le coût. Les prix pour un tracteur est de minimum 70 000 euros. Un banquier donne des prêts à des gens qui ont des sous. C’est facile d’emprunter à la banque jusqu’à 100 000 euros si on n’a pas eu de problème avec eux avant.


Est-ce que votre métier vous empêche d'avoir une vie sociale ?


J'essaye d'aller faire du rugby régulièrement avec mes amis mais j'ai peu de temps libre. Cela a aussi des impacts dans le milieu familial. J’ai beaucoup d’amis qui ont divorcé parce qu'ils faisaient ce métier. On ne peut pas prendre de week-end, de vacances. Ce mode de vie est de plus en plus compliqué pour le côté relationnel de nos jours.

 
 
 

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