Internet, une nouvelle cible pour le gouvernement azerbaidjanais
- 17 juil. 2020
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 août 2020
Au cours de ces dernières années, le gouvernement a renforcé son contrôle sur l’Internet. Depuis 2013, une série de lois a renforcé les contraintes de la liberté d’expression et de la presse en ligne. Des groupes de défense de la liberté de la presse ont notamment exprimé leurs inquiétudes concernant la surveillance par le gouvernement des communications téléphoniques et sur Internet.
La répression a aussi touché les médias web. En effet, ces dernières années, le contrôle vis-à-vis des bloggeurs et des journalistes web a été renforcé. Dès 2013, le gouvernement a bloqué de nombreux sites, et de nombreux médias indépendants ont subi des cyber-attaques notamment le journal Azadliq.
Censure et surveillance de l'internet
Les communications sur Internet ont été dénoncées comme étant sous surveillance par des ONGs comme l'IRFS. Cette surveillance est considérée comme une forme d’intimidation dans le but de dissuader à aller à l'encontre du gouvernement via les réseaux sociaux ou bien sur des blogs. En effet, les normes juridiques criminalisant la diffamation en ligne ont dissuadé la mobilisation sur les médias sociaux, de même que les nombreuses arrestations de blogueurs et d'activistes. Seymur Kazimov, journaliste web indépendant depuis 2008, déclare : « Il est très difficile de faire partie des médias web indépendants dans ces circonstances. Le seul avantage est que vous êtes libre, mais avec un risque financier et en même temps un manque de sécurité ».

Le journaliste Seymur Kazimov (à gauche) et la journaliste Zumrud Pashayeva (à droite) travaillent tout les deux sur le web. @Kazimov @Pashayeva
Zumrud Pashayeva, est correspondante politique pour le média web APA, affirme également qu'«il y a une pression forte sur les médias et les journalistes en Azerbaïdjan, en particulier indépendants, c'est la dure réalité. Les médias indépendants en Azerbaïdjan souffrent d'un manque de financement ou subissent l'oppression du gouvernement. Nous entendons souvent l'arrestation des journalistes de ces médias pour des accusations fabriquées de toutes pièces. D'un autre côté, il existe des médias qui se disent indépendants mais qui ne sont pas vraiment indépendants ; ils sont financés par des oligarques ou des ministres ou directement par le gouvernement et ces médias soutiennent la politique du gouvernement. On ne trouve dans ces médias aucune critique sur le gouvernement et la situation réelle dans le pays. » Le web ne semble pas aider ces médias, qui ne peuvent plus être imprimés et qui peinent à trouver une source de financement : « Les médias sur Internet rendent le travail certes plus indépendant, mais dangereux ; par exemple, j'ai quelques amis qui sont journalistes et ici, ils ont subi des pressions parce qu'ils ont coopéré avec des médias indépendants et d'opposition, et ont été forcés de quitter l'Azerbaïdjan. Maintenant, ils vivent dans des pays étrangers tout en continuant à coopérer avec ces médias. Je dois également noter que les médias indépendants sur Internet sont souvent victime de cyber-attaques ou sont bloqués, et il est souvent difficile d'obtenir de la publicité en source de financement ».
Le cas le plus populaire d’arrestation en Azerbaïdjan reste le bloggeur Mehman Huseynov. Frère d’Emin Huseynov, directeur de l’IRFS, le blogueur vidéo et militant pour la liberté de la presse a été arrêté le 3 mars 2017. Condamné à deux ans de prison pour diffamation, Mehman Huseynov est connu pour son journalisme d’investigation, notamment axé sur la corruption au sein de l’élite azerbaïdjanaise. Au cours de l’année 2017, il a mis en ligne des vidéos sur Youtube des propriétés de luxe qui, selon lui, appartenaient à des fonctionnaires du gouvernement. Par la suite, il a subi de nombreuses pressions des autorités avant d'être arrêté par les autorités. Sa famille a longtemps milité pour les mauvaises conditions qu’il subissait en prison, en particulier de la torture. Il a notamment continué à militer afin d’être libéré avec une grève de la faim de plus de quatre semaines. Il a été libéré le 2 mars 2019 après deux d’emprisonnement.
Un des reportages de Mehman Huseynov qui l'a conduit à son arrestation en 2017. La vidéo affiche les maisons secondaires de membre du gouvernement. Il les accuse de faire travailler des ouvriers jour et nuit pour construire des villas de plusieurs millions de dollars sans les payer. @MehmanHuseynov
Restrictions de la liberté d'expression en ligne
Selon la loi des médias, si des diffusions d’information, qui sont considérés comme interdites sont trouvées sur un site web, le Conseil de la presse émettra un avertissement à son intention. En outre, la loi interdit non seulement la diffusion de certaines informations sur Internet, mais met en place également des mesures afin d’empêcher leur apparition. Le propriétaire du site devra immédiatement retirer l’information dès la réception de cet avertissement reçu par the Ministry of Transport, Communications and High Technologies (MTCHT). Si cette information constitue une menace pour l'État et le public, l'organe compétent fermera le site sans ordonnance judiciaire et ne s'adressera aux tribunaux qu'à ce moment-là. L'accès audit site web, limité par l'organe compétent, restera restreint jusqu'à la fin de l'audience. De plus, un registre des ressources bloquées sera établi. À cette fin, l'autorité compétente établira une liste des sites web contenant des informations dont la diffusion est interdite. Les fournisseurs d'accès à Internet doivent restreindre l'accès aux ressources figurant dans cette liste, et sont tenus d'enregistrer tous les utilisateurs. Toutes les personnes morales doivent fournir les informations les concernant sur leurs sites web. Le 27 mars, 17 jours après l'adoption de la loi, l'accès aux sites web de médias indépendants tels que "azadliq.info", "Azadliq.org" et "Meydan TV" a été bloqué en Azerbaïdjan. Le gouvernement apprécie le principe de contrôle, de restriction des activités et de fermeture totale.
Surveillance en ligne et filtrage du contenu
La loi azerbaidjanaise sur les médias de masse ne prévoit pas la surveillance sur Internet, néanmoins une surveillance est tout de même exercée, principalement par le moyen de « boites noires ». Selon le groupe de piratage informatique Anonymous, la société de conseil Booz Allen Hamilton, basée en Virginie, aux États-Unis, a développé un logiciel contre les dissidents dans plusieurs pays dont l’Azerbaïdjan. Ce logiciel aurait permis l’arrestation d’opposant au sein du pays. Un documentaire d’investigation diffusé sur la chaine suédoise SVT a notamment révélé que la société Teliasonera est liée à des agences d’espionnage en Azerbaïdjan facilitant la répression du gouvernement azerbaidjanais sur les journalistes d’opposition et indépendants. Pour voir le documentaire : lien.
Malgré les nouvelles possibilités pour les activités journalistiques que proposent le web, l’environnement médiatique ainsi que la liberté de la presse en Azerbaïdjan continuent de se détériorer. Même si ces nouvelles chartes peuvent entrainer l’autocensure, les restrictions devraient être fondées sur une décision de justice, même si toutefois elle conduit plutôt sur une décision par le MTCHT. Le web a tout de même permis un nouveau phénomène journalistique. Des journalistes émigrés, qui ont fui le pays pour échapper aux persécutions, utilisent les ressources en ligne pour diffuser en Azerbaïdjan, rassemblant ainsi des milliers de publics.
Juliette Pelloux
Propos recueillis par téléphone par Juliette Pelloux




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