Une liberté de la presse en danger
- 6 août 2020
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Dernière mise à jour : 18 août 2020
Les droits de la liberté d’expression et d’information sont des conditions fondamentales et nécessaires dans une société démocratique. De plus, par son adhésion aux Nations unies, au Conseil d’Europe, l'OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), ainsi que par son adhésion aux principaux traités sur les droits de l'homme, l'Azerbaïdjan s'est engagé à respecter et à protéger les droits à la liberté d'expression et d'information. Mais malgré cet engagement, les autorités et le gouvernement ne semblent pas respecter ce droit afin de faire taire les critiques envers le gouvernement ce qui contribue à l'autocensure au sein du pays.
Le Comité des droits de l'homme des Nations unies a observé en 2016 qu’il y avait des rapports constants faisant état d'actes d'intimidation et de harcèlement, de pressions financières, d'arrestations, de mauvais traitements et de condamnations de journalistes indépendants et de blogueurs sur la base d'accusations administratives ou pénales falsifiées et prétendument motivées par des considérations politiques, pour hooliganisme, possession de drogue, crimes économiques, fraude fiscale, abus de pouvoir, incitation à la violence ou à la haine, etc… L'un des événements déclencheur les plus significatifs d'indépendance de l'Azerbaïdjan a probablement été l'assassinat en 2005 d'Elmar Huseynov, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Monitor. Ceci témoigne de la situation désastreuse de la liberté d'expression en Azerbaïdjan. Shafag Mehraliyeva, professeur à ADA University en Médias et Communication, « La lutte des médias consiste à conserver leur indépendance et leur objectivité. Si vous regardez l'Azerbaïdjan, la réalité c’est qu'il n'y a pas de médias indépendants. Lorsque vous lisez les rapports internationaux, l'une des conclusions que vous tirez est que la majorité des médias azerbaïdjanais sont contrôlés par le gouvernement. Ils sont contrôlés, mais pas exclusivement, par eux une bonne partie des médias est contrôlée par certaines personnes influentes et dans de nombreux cas, les personnes qui peuvent en quelque sorte parler en leur faveur, un média se trouve également être en position publique en Azerbaïdjan, même des ministres ou des chefs d'agences. Ainsi, il peut sembler qu'ils soient contrôlés par le gouvernement parce que toutes les personnes auxquelles ils sont affiliés ont des liens avec le gouvernement. » Leyla Orujova, journaliste multimédia dans une agence d'information internationale appelée Spoutnik Azerbaïdjan, « la liberté de la presse est un sujet sensible en Azerbaïdjan. Elle n'est pas aussi libre que nous voulons l'être. Les médias sont la propriété de certaines personnes, de certaines institutions, c'est pourquoi vous n'y verrez jamais de choses négatives. Pour l'instant, nous ne pouvons pas parler de la liberté de la presse. Si ce n'est pas politique, vous pouvez dire ce que vous voulez. Nous devons être diplomate, mais surtout, nous devons trouver un moyen de dire ce que l’on souhaite dans nos contenus. » C'est particulièrement le cas lorsqu'il s'agit de questions sociales, les médias ignorant les questions LGBTQIA, la liberté religieuse, les droits des enfants, l'égalité des sexes et d'autres sujets sociaux. Selon l’IRFS, « La liberté des médias et la liberté d'expression, qui sont des valeurs fondamentales de la démocratie, ne sont pas respectées dans les médias azerbaïdjanais. Le devoir des médias ne se limite pas à fournir des informations sur les faits. Leur devoir est d'informer le public et d'interpréter les faits et les événements afin de créer les conditions nécessaires à la discussion de questions d'importance publique. »

De nombreux journalistes azerbaidjanais sont injustement arrêtés par les autorités. @MeydanTv
Journalistes détenus
Depuis presque 15 ans, il n’y pas eu un seul mois et une seule année sans arrestation d’un journaliste. Dans certains cas, notre république était même en avance sur tous les pays de la zone de l'OSCE en ce qui concerne le nombre de journalistes dans les cachots. Les journalistes ont besoin d'un environnement sûr pour travailler gratuitement et collecter des informations. Un journaliste qui recueille des informations dans une réunion publique doit être protégé par le gouvernement. Certains journalistes d'investigation se voient même interdit de quitter le pays. D'autres mesures législatives telles que le hooliganisme à la possession de drogues et d'armes, en passant par la trahison et l'évasion fiscale sont régulièrement utilisées par les autorités pour punir et empêcher certains reportages. La plus courante est pour diffamation. En effet, la diffamation en Azerbaïdjan est un délit pénal passible de trois ans de prison au maximum, et en même temps, les journalistes portant atteinte à l'honneur et à la dignité du président peuvent être punis de deux ans de prison au maximum. Le gouvernement peut ainsi faire pression sur les journalistes indépendants ou alors les médias d'opposition. Depuis 2013, la diffamation inclut également le contenu d'Internet. Le Comité pour la protection des journalistes a déclaré que les accusations portées contre de nombreux journalistes sont « fabriquées » et « politisées ». Les conditions de détention des journalistes sont jugées désastreuses, avec des mauvais traitements courants et le refus de soins médicaux. Les médias semblent toujours en danger perpétuel avec une faible liberté d’expression. Même les cartes de presse délivrées par les rédactions à leurs employés ne semblent pas les aider. Les médias pro-gouvernementaux ont l'avantage d'avoir accès aux événements et à leur couverture. Par exemple, les médias non-progouvernementaux ne sont généralement pas autorisés à assister aux événements gouvernementaux et à travailler dans les lieux publics. Une carte de presse de journaliste n'est donc pas un document qui peut protéger son propriétaire.
L'accès à l'information publique
Les journalistes sont souvent confrontés à plusieurs problèmes lorsqu’ils tentent d’accéder à l’information publique. Selon le Conseil de l’Europe, certaines autorités publiques offrent des réponses rapides aux demandes d’accès à l’information, et pour d’autres, ils ignorent la demande des journalistes. Les problèmes d’accès ne se limitent pas aux refus illégaux des autorités, le droit d’accès à l’information a aussi été refusé dans des tribunaux et par le Parlement. Par exemple, en 2013, des journalistes ont été empêchés de couvrir un procès avec une audience ouverte. La même année, le Parlement avait empêché d’apporter leur équipement. Par la suite, en janvier 2014, le ministre de l’éducation a signé un décret interdisant à tous les établissements d’enseignement de rendre des informations publiques sans l’accord du service de presse du ministère. Ce décret empêche donc par exemple de couvrir une manifestation étudiante ou d’interviewer des étudiants sans l’accord du ministère. Une loi sur la réception d'informations permet aux journalistes qui ne peuvent pas obtenir d'informations de porter plainte au tribunal. Mais, ces décisions sont majoritairement peu exécutées, et en faveur des journalistes. Au cours des deux dernières années, les tribunaux locaux n'ont satisfait aucune des plaintes de l'agence de presse indépendante Turan. En effet, le droit d’accès à l’information est défini dans la loi du pays depuis 2005 et garanti aux citoyens le « droit de savoir ». Toutefois, en 2012, le gouvernement a adopté une série d’amendements régressifs à cette même loi. Le président Aliyev a signé des amendements limitant la divulgation d’informations adoptées aussi par le Parlement. Fortement critiqués par les groupes d’opposition, ces amendements sont connus sous le nom de « secret d’entreprise ».
Les journalistes, sont-ils payés pour ne rien dire ?
Les salaires des journalistes d'Azerbaïdjan sont bas. La plupart des journalistes travaillent sans contrat ni sécurité sociale et perçoivent des salaires irréguliers. D’après une enquête menée par le Syndicat des journalistes d’Azerbaïdjan (JuHi), le salaire mensuel moyen va de 400 à 500 manats (217 à 272 euros). L’enquête souligne que les banques, en règle générale refusent d’accorder des prêts à des personnes dont le salaire est inférieur au minimum requis de 500 manats. Un autre facteur qui montre le compromis sur l’indépendance des journalistes azerbaidjanais est le fait qu’ils sont souvent employés sans contrat de travail, et donc licenciés quand leur employeur le souhaite. Dans ces circonstances, il est donc très difficile pour eux d’être indépendant dans leur travail. Cependant, depuis 2009, l’Etat fournit une aide par le biais du fond d’Etat pour apporter du soutien aux médias locaux. Selon une analyse de l’IRFS, même si l’objectif de ce fond est de renforcer les libertés d’information, en réalité, une partie importante des subventions du fonds est attribuée aux médias pro-gouvernementaux. En effet, en janvier 2014, le fond a cessé de financer le journal d’opposition, Azadliq, qui était l’un des rares médias d’opposition bénéficiaire de ces subventions. D’autre part, depuis 2010, le gouvernement attribue aussi des appartements aux frais du gouvernement d’Azerbaïdjan à plus de 150 journalistes, dont 15 représentants des médias d’opposition (source : IRFS). Selon le gouvernement, cette initiative est pour aider les journalistes à faible revenu. Même si ces aides ont permis de sauver de nombreux médias, elles restent encore controversées aujourd’hui. En effet, le principe d'équité n'est pas respecté. Tous les médias contrôlés par le gouvernement sont financés directement ou indirectement. Mais par exemple, l'allocation de fonds pour le média d'opposition Azadlig avait été arrêtée. Les pressions du gouvernement avec les décisions de justice, impliquant des amendes, l'arrêt de l'aide financière, le refus de la société de distribution contrôlée par l'État, Gasid, de payer une dette de 90 000 manats à Azadlig, et enfin, l'arrestation du directeur financier de "Azadlig", Faig Amirli, sur de fausses accusations, ont conduit à la fermeture du journal en septembre 2016.
L’Azerbaïdjan n’a fait que des mesures provisoires vers un environnement médiatique durable. L'éventail complet des protections juridiques de la liberté d'expression n'est pas en place, et celles qui existent sont faibles et dans de nombreux cas contraires aux normes internationales. Le manque de mise en œuvre et d'application des normes juridiques existantes indique que le gouvernement dévalorise la liberté d'expression.
Juliette Pelloux
Propos recueillis par téléphone par Juliette Pelloux.




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