Arménie, une liberté de la presse en difficulté
- 9 août 2020
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 août 2020
Comme son voisin, l'Arménie obtient son indépendance de l'Union soviétique en 1991, et en 2018, le pays arménien obtient son indépendance du régime autoritaire. Après la révolution de 2018, l'Arménie est passée de la 80e place en 2018 à la 61e place en 2020 au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans frontières. Les pressions exercées sur les journalistes menacent d'affaiblir cette position. Les journalistes arméniens sont régulièrement victimes de violence, diffamations et d'atteintes à la protection des sources.
Après la première élection du président arménien Armen Sarkissian en 2018, la diversité du paysage médiatique semble s'épanouir. Pourtant, les lignes éditoriales coïncident avec les intérêts de leurs propriétaires. En effet, comme en Azerbaïdjan, l'indépendance journalistique et la transparence de la propriété des médias restent encore à acquérir. De nombreuses poursuites judiciaires contre les journalistes arméniens, la désinformation au sein du pays, et les nombreuses arrestations de journalistes suscitent l'inquiétude. En août 2016, Reporter sans frontières (RSF) a condamné les violences policières contre les journalistes lors d'une manifestation à Erevan. 12 journalistes ont été blessés. Selon Human Rights Watch, le chef de la police a été licencié par la suite pour ne pas avoir empêché la violence, ainsi que 17 membres des autorités auraient été suspendues de leur service. Mais, aucune charge pénale a été retenue contre eux. Par la suite, le président arménien a décerné au chef adjoint de la police d'Eravan, impliqué dans les violences de la manifestation du 29 juillet, une médaille pour « l'excellent maintien de l'ordre public ». Freedom House a, classé l'Arménie comme un pays non-libre. L'ONG a constaté que le travail des journalistes est entravé par de nombreuses menaces, intimidations et du harcèlement, ainsi que des attaques physiques et verbales malgré qu'il existe une protection constitutionnelle et juridique. De plus, RSF a remarqué que les autorités ainsi que les propriétaires de médias avait un impact important sur le contenu éditorial et l'environnement médiatique, et qu'ils encourageaient à la censure.
Comme l'Azerbaïdjan, l'Arménie est encore loin encore de son indépendance
L'Arménie est passée de l'Union Soviétique, à un pays répressif sous Serj Sargsyan, à aujourd'hui, un pays plus ouvert avec plus de libertés et de droits. Mais, la réalité est sans doute quelque peu différente. Par rapport à ses voisins, comme par exemple la Turquie et l'Azerbaïdjan, ou encore la Russie, l'Arménie reste un pays beaucoup mieux classé au niveau de sa liberté d'expression. Le majeur problème semble que la majorité des médias arméniens est contrôlée par des membres de l'ancien gouvernement autoritaire. Par exemple, parmi les journaux les plus populaires, le journal Aravot a été fondé par l'ex-ministre de l'Intérieur, Vano Siradeghyan en 1994. Le journal est vivement critiqué pour se déclarer indépendant afin d'attirer de l'audience. De plus, le rédacteur en chef Aram Abrahamyan ne cache pas son admiration pour l'ancien gouvernement. Il y a aussi le journal Hayastani Hanrapetutyun qui est le journal officiel de l'Arménie. Fondé en 1990 par le Parlement arménien, les parts du journal appartiennent au président, ainsi qu'au gouvernement.
Lors de la pandémie du COVID-19, l'Arménie a introduit de nouveaux amendements pour restreindre la liberté de la presse :
Selon le site Aysor, « pendant l’état d’urgence actuel en Arménie, toute « organisation qui mène des activités journalistiques » (le terme comprend des publications électroniques qui ne sont pas considérées comme faisant partie des médias traditionnels) ne serait autorisée à publier des informations sur la crise du coronavirus qui a été publiée par des sources officielles. Le gouvernement explique que cela est nécessaire pour éviter toute agression envers les patients atteints de coronavirus ou la panique au sein de la population. Les journalistes et les rédacteurs en chef ont critiqué cette décision, affirmant qu’il n’existe pas de définition précise des messages qui peuvent ou non provoquer la panique. »
Depuis la révolution de 2018, les violences et les restrictions de la liberté de la presse contre les journalistes ne se sont pas améliorées. Le nombre de poursuites pour diffamation selon l'article 1087.1 du code civil arménien a triplé en 4 ans (source : RFS) avec 74 cas en 2019 contre 24 en 2016. Sur une note plus positive, le journalisme prospère sur Internet. Les médias d'information et d'investigation en ligne ainsi que les blogueurs publient de rayon diversifié d'information et d'analyse sur la corruption. Le gouvernement arménien, comme celui azerbaidjanais, a encore un long chemin vers la liberté de la presse. Pour cela, les deux gouvernements doivent accepter les articles critiques à leur égard. Les deux pays ont besoin d'une presse indépendante pour s'améliorer d'un point de vue démocratique.
Juliette Pelloux




Commentaires