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L’histoire de la presse en Azerbaïdjan

  • 17 juil. 2020
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 août 2020

La presse joue un rôle primordial dans le progrès d’une nation. Considérés comme le quatrième pouvoir, les médias ont une grande influence sur la société, il s’agit donc d’une priorité pour le gouvernement azerbaïdjanais dès la fin du 19e siècle. À l’époque, les Azerbaïdjanais appellent la presse « les yeux, les oreilles et la langue du peuple ». La presse nationale devient rapidement importante et indispensable pour le peuple azerbaïdjanais pour un renouveau national.


Shafag Mehraliyeva, professeur en médias et communication à l’Université d’ADA, soutient que pour comprendre le système journalistique et la faible condition de la liberté de la presse en Azerbaïdjan, il faut tout d’abord les considérer dans leur contexte historique. En effet, « les médias font partie du processus démocratique. Ce pays a vécu sous l'Union

soviétique sans aucun point de vue, sans pluralisme, et avec une seule ligne de pensée. Je vois qu'il faut quelques générations pour comprendre que les médias ne sont pas un outil de propagande, mais un outil pour la société et pour surveiller le gouvernement ». Les Azerbaidjanais ont lutté pendant des années afin d’avoir accès à la presse nationale.





Shafag Mehraliyeva, professeur à ADA. @ADA



Début d’une démocratie et mise en place d’une presse nationale

Au début du 19e siècle, le peuple azerbaïdjanais a dû lutter plusieurs années avant de pouvoir créer sa propre presse nationale. Les premiers médias azerbaidjanais sont apparus en 1875, Ismayil bey Gaspirali, Hasan Bey Zardabi et Alimardan Bey Topchubashov ont créé le journal Akinchi (Əkinçi en azerbaidjanais qui signifie « Cultivateur »). Influencés à l’époque par la Russie, l’Iran et par certains pays Européens, les Azerbaïdjanais ont créé un journal local et national. Publié pour la première fois, le 22 juillet 1875, c’est le premier journal publié en azerbaïdjanais. Cependant, ce ne fut pas facile avec le pays sous le contrôle du tsar russe, l’oppression devient plus stricte que jamais. Il est alors difficile pour eux de refléter l’actualité avec la censure. « Beaucoup de personne pensaient que le sarcasme et l'humour n'étaient pas autorisés dans le monde musulman. Pourtant, le journal Akinchi était principalement écrit dans un ton très satirique afin de critiquer le gouvernement russe. » souligne Mehraliyeva. Ce choix de ton satirique était une voie différente afin d’éviter la censure. Mais, en raison des pressions du tsar russe, le journal a dû arrêter de paraître le 29 septembre 1877.


Ismayil bey Gaspirali (à gauche), Hasan Bey Zardabi et Alimardan Bey Topchubashov ont créé le journal Akinchi @VisionAZ


Après la révolution russe, le pays devient, en 1918, le premier pays musulman démocratique au monde. Au cours de cette période, le gouvernement azerbaidjanais veut adopter de nouvelles règles afin de moderniser la presse, et le 9 novembre 1918, le gouvernement publie la « Charte de la presse » abolissant le contrôle sur les médias. Par la suite, fin de l’année 1919, apparaît la création d’institutions de presse, de lithographie, d'édition et la vente libre de matériel de presse. Une centaine de journaux est alors publié en azerbaidjanais et en russe. Les principaux journaux de l'époque sont "Molla Nəsrəddin", "İstiqlal", "Azərbaycan", "Açıq söz", "İqbal", "Dirilik", "Təkamül", "Mədəniyyət", "Qurtuluş" qui étaient les précurseurs des idées nationalistes.


Une liberté de la presse à son apogée


Entre 1918 et 1920, la liberté d’expression et de la presse est alors à son apogée, et les journaux sont publiés dans différentes langues à Bakou, Ganja et dans d’autres villes de la République azerbaidjanaise. Le gouvernement considère alors que la liberté de la presse est l’une des conditions essentielles au développement culturel du pays. Au cours de cette période, la presse se diversifie en terme d’idées avec, entre autres, la presse qui défend et soutient les idées de la République démocratique d’Azerbaïdjan, et les journaux non-partisans neutres. Le gouvernement azerbaïdjanais avait aussi leur journal officiel, « Azerbaïdjan ». La première édition du journal contenait les nouvelles sur la libération de Bakou le 15 septembre 1918. Les articles publiés dans ce journal ont contribué au développement de l’histoire, de la culture, et de l’éducation en Azerbaïdjan. La presse nationale a permis de réveiller la conscience nationale et a joué un rôle important dans la promotion de l’idéologie du pays notamment avec des éditions comprenant des idées de l’indépendance nationale. En 1918-1920, un certain nombre de publications périodiques en russe, turc, géorgien, hébreu, polonais, persan et autres langues ont été publiés à Bakou. Une presse colorée qui reflète l’image de l’époque, avec des esprits et des points de vus politiques différents. La création du journal « Akinchi » a constitué un progrès considérable dans la vie et l’histoire du peuple azerbaidjanais. Le 22 juillet, le jour de la première publication du journal, est considéré comme un jour férié pour les journalistes du pays.



L’histoire des médias et de la presse en Azerbaïdjan se déroule en plusieurs étapes. En 1832 jusqu’en 1917, la presse est publiée sous le régime du tsar russe. Après, pendant les années 1918 et 1920, pendant la République démocratique d’Azerbaïdjan. Puis, la presse pendant l’Union Soviétique de 1920 à 1991. Et, pour finir, la presse depuis la restauration de l’indépendance de 1991 à nos jours. @JuliettePelloux




La période soviétique des médias


Plus de 20 journaux bolcheviques ont été publiés en 1919 en Azerbaïdjan en russe et en azerbaidjanais dont le journal «Communiste». Le journal a été publié pour la première fois le 29 août 1919. Les bolcheviks azerbaïdjanais l'ont tout d'abord publié en secret, sans la permission du gouvernement azerbaidjanais. Après l'établissement du gouvernement soviétique en Azerbaïdjan, «Communiste» a été légalement publié sous la direction d'Aliheydar Qarayev le 30 avril 1920. Dans les premières années du gouvernement soviétique en Azerbaïdjan, les journaux «Communist» et «Bakinski rabochi» (travailleurs de Bakou) ont été publiés dans toutes les provinces du pays. L'objectif de la presse au cours de cette période était d'habituer les azerbaidjanais à la vie sociopolitique communiste et d'attirer les jeunes dans l'organisation du Komsomol de Bakou.



Les médias modernes


L'atmosphère de la reconstruction dans toute l'URSS est venue en Azerbaïdjan également et a affecté l'environnement social. Le journal «Azerbaïdjan» a été créé en 1989. La création de ce journal fait partie historiquement de la période de renaissance de la nation. Ainsi que le journal de presse indépendante «Azadliq», qui a été publié pour la première fois le 24 décembre 1989. En 1990, de nombreux autres journaux ont été créés par la suite. Avec l'ordre spécial de l'ex président Heydar Aliyev, le 6 août 1998, la censure sur la presse azerbaïdjanaise a été interdite. De plus, en 1999, la loi de la République d'Azerbaïdjan sur les médias et d'autres actes juridico-normatifs ont été adoptés. Avec l'ordre du président actuel, Ilham Aliyev, un autre document important est notamment approuvé le 31 juillet 2008, - "Concept de soutien de l'Etat au développement des médias en République d'Azerbaïdjan"-.


Aujourd'hui, il y a plus de 5 000 médias enregistrés en Azerbaïdjan. Plus de 50 magazines, plus de 36 quotidiens et 100 hebdomadaires sont publiés au niveau national, et environ 80 journaux sont imprimés dans les régions. La presse azerbaidjanaise ne cesse de fleurir et de s'émanciper afin de donner un renouveau national et de marquer leur indépendance.


Juliette Pelloux


Propos recueillis par téléphone par Juliette Pelloux.

 
 
 

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